1Les trois échelles de description
Définition. L’échelle microscopique est celle de la molécule ( à ) : les grandeurs y fluctuent violemment et sont inaccessibles à la mesure. L’échelle macroscopique est celle du dispositif expérimental ( à ) : on y mesure , , . L’échelle mésoscopique est une échelle intermédiaire (), grande devant la distance intermoléculaire mais petite devant la taille du système.
Propriété — nécessité de l’échelle mésoscopique. Un volume mésoscopique contient assez de molécules pour que les moyennes statistiques soient définies avec des fluctuations relatives négligeables (), tout en étant assez petit pour être traité comme un point du milieu : c’est le niveau auquel on définit une masse volumique locale , une pression locale, une température locale. Sans cette échelle, parler de « la température en un point » n’aurait aucun sens.
Dans l’air à et , . Un cube de de côté contient molécules : les fluctuations relatives valent , négligeables. Un cube de de côté n’en contient que : les fluctuations atteignent et aucune grandeur macroscopique n’y est définie.
Définition. Le libre parcours moyen est la distance moyenne parcourue par une molécule entre deux chocs successifs. En modélisant les molécules par des sphères dures de diamètre , le volume balayé par seconde est et le nombre de chocs par seconde , d’où
Idée de la démonstration : avec et la section efficace. Un traitement plus fin, tenant compte du mouvement de la cible, ajoute un facteur — sans incidence sur l’ordre de grandeur.
Notation. Pour une grandeur extensive , la minuscule désigne la grandeur massique et la grandeur molaire. Ainsi (en ) et (en ). On note la densité particulaire (en ), à ne pas confondre avec la quantité de matière .
| Grandeur | Gaz (air, , ) | Phase condensée (eau liquide) |
|---|---|---|
| Densité particulaire | ||
| Distance intermoléculaire | (contact) | |
| Libre parcours moyen | () | : la notion perd son sens |
| Volume molaire | ||
| Volume massique | ||
| Vitesse quadratique moyenne | (agitation sans libre parcours) |
Remarque. Le rapport des volumes molaires est de l’ordre de : un gaz est environ mille fois moins dense qu’un liquide. C’est le repère à retenir pour contrôler tout résultat.
2Système thermodynamique, variables d’état, équilibre
Définition. Un système est une portion d’espace délimitée par une surface fermée, réelle ou fictive. Il est dit :
- ouvert s’il échange de la matière avec l’extérieur ;
- fermé s’il n’échange pas de matière (il peut échanger énergie et travail) ;
- isolé s’il n’échange ni matière ni énergie.
Un gaz enfermé dans un cylindre à piston mobile et plongé dans un thermostat est fermé (sa quantité de matière est fixée) mais nullement isolé : il échange du travail par le piston et un transfert thermique par les parois. « Isolé » est une hypothèse très forte, rarement réalisée.
Définition. Une variable d’état est une grandeur macroscopique qui caractérise l’état d’équilibre du système. Elle est extensive si elle est proportionnelle à la quantité de matière du système (additive par réunion de deux sous-systèmes) : , , , , . Elle est intensive si elle est définie localement et ne dépend pas de la taille du système : , , , , , les fractions molaires.
Méthode — reconnaître la nature d’une variable. Couper mentalement le système en deux moitiés identiques : une grandeur extensive est divisée par deux, une grandeur intensive est inchangée. Le quotient de deux grandeurs extensives est intensif : , , sont intensives.
Définition. Un système est en équilibre thermodynamique lorsque toutes ses variables d’état sont définies, uniformes et indépendantes du temps, et qu’il n’existe aucun transfert macroscopique en son sein ni avec l’extérieur. Cet équilibre se décline en :
- équilibre mécanique : la résultante des forces est nulle sur toute paroi mobile, ce qui impose l’égalité des pressions de part et d’autre (à la pesanteur du fluide près) ;
- équilibre thermique : est uniforme, donc égale à celle du milieu extérieur s’il y a contact thermique.
Méthode — déterminer et à l’équilibre. Pour : isoler la paroi mobile (piston), écrire que la somme des forces qu’elle subit est nulle, et en déduire la pression du gaz, par exemple pour un piston de masse et de section surmonté de l’atmosphère. Pour : écrire que la température du système est celle du thermostat avec lequel il est en contact.
Une barre dont les deux extrémités sont maintenues à et atteint un régime stationnaire : rien ne dépend du temps, mais n’est pas uniforme et un flux thermique la traverse en permanence. Ce n’est pas un état d’équilibre thermodynamique.
3Du microscopique au macroscopique : pression et température cinétiques
Notation. On suppose la distribution des vitesses moléculaires homogène (indépendante du point) et isotrope (aucune direction privilégiée), de sorte que et .
Définition. La vitesse quadratique moyenne est définie par , c’est-à-dire . Elle n’est pas la moyenne des vitesses : , et c’est qui est liée à l’énergie cinétique moyenne, car .
Propriété — pression cinétique. La pression est due aux chocs des molécules sur la paroi. Un bilan de quantité de mouvement sur les molécules qui atteignent une surface pendant donne, pour un gaz de molécules de masse et de densité :
Idée de la démonstration (admise en MPSI) : seules les molécules situées dans un cylindre de base et de hauteur atteignent la paroi ; chacune lui transfère ; la moyenne sur la moitié des molécules qui vont vers la paroi et l’isotropie font apparaître le facteur .
Définition. La température cinétique est définie par
avec et . La température mesure l’agitation thermique, c’est-à-dire l’énergie cinétique moyenne d’agitation désordonnée d’une molécule.
n’a aucun sens pour une molécule isolée : c’est une grandeur statistique, définie sur un grand nombre de particules. De même, une molécule rapide n’est pas « chaude ». Et l’énergie cinétique d’ensemble (vent, écoulement) n’entre pas dans : seule compte l’agitation dans le référentiel du centre de masse du volume mésoscopique.
Théorème — équation d’état du gaz parfait. En reportant la température cinétique dans la pression cinétique :
soit, puisque et :
Air à () : , du même ordre que la vitesse du son () — ce n’est pas un hasard ; pour à la même température, car . Volume molaire : , soit à sous (et à ). Libre parcours moyen avec : , soit fois la distance intermoléculaire ; fréquence des chocs .
4Gaz réel et modèle du gaz parfait
Définition. Le modèle du gaz parfait néglige toute interaction entre molécules autre que les chocs, et leur volume propre. Il n’est donc valable qu’à faible densité : à fixée, ou plus précisément et volume propre des molécules.
Propriété — écarts au modèle. On met les écarts en évidence sur des réseaux d’isothermes expérimentaux, dans deux systèmes de coordonnées :
- coordonnées de Clapeyron ou : les isothermes d’un gaz parfait sont des hyperboles ; celles d’un gaz réel s’en écartent et, sous la température critique, présentent un palier de changement d’état que le modèle ne peut pas décrire ;
- coordonnées d’Amagat : les isothermes d’un gaz parfait sont des droites horizontales d’ordonnée . Le moindre écart à l’horizontale est donc un écart au modèle, ce qui rend ces coordonnées beaucoup plus discriminantes. Toutes les isothermes réelles convergent vers quand : tout gaz réel tend vers le gaz parfait à pression nulle.
Figure 1 — Réseau d’isothermes d’un gaz réel en coordonnées d’Amagat. L’ordonnée à l’origine vaut pour toutes les isothermes : le gaz parfait est la limite basse pression. L’isotherme de Boyle-Mariotte est celle dont la tangente à l’origine est horizontale ; le gaz y suit la loi sur un large domaine de pression.
5Énergie interne
Définition. L’énergie interne d’un système est la somme, dans le référentiel barycentrique du système, des énergies cinétiques d’agitation de toutes ses particules et de toutes les énergies potentielles d’interaction entre elles. C’est une fonction d’état extensive, définie à une constante près.
Théorème — gaz parfait monoatomique. Les molécules d’un gaz parfait monoatomique n’ont ni énergie interne de rotation ou de vibration, ni énergie d’interaction : se réduit à la somme des énergies cinétiques d’agitation. Avec atomes d’énergie cinétique moyenne :
Théorème — première loi de Joule. Pour tout gaz parfait, ne dépend que de : . On définit alors la capacité thermique à volume constant
Pour un gaz parfait diatomique aux températures usuelles, (deux degrés de liberté de rotation s’ajoutent) : « gaz parfait » ne signifie pas « monoatomique ».
Théorème — phase condensée incompressible et indilatable. Dans ce modèle, le volume massique est une constante : , indépendante de et de . L’équation d’état se réduit à , et l’énergie interne ne dépend plus que de la température :
où est la capacité thermique massique (en ). Comme est constant, il n’y a pas lieu de distinguer et : on note simplement . Repère : , .
Remarque. Le modèle est une approximation : les phases condensées sont « peu compressibles et peu dilatables ». Quantitativement, avec et (définitions toujours fournies en énoncé) : eau liquide et , contre et pour un gaz parfait : quatre à cinq ordres de grandeur d’écart. Porter l’eau de à ne diminue son volume que de .
6Corps pur sous plusieurs phases : le diagramme
Définition. Les six changements d’état d’un corps pur sont : fusion (solide liquide) et solidification ; vaporisation (liquide gaz) et liquéfaction (ou condensation) ; sublimation (solide gaz) et condensation en solide (ou déposition).
Propriété — diagramme . Dans le plan , les états d’équilibre d’un corps pur se répartissent en trois domaines (solide, liquide, gaz) séparés par trois courbes d’équilibre où les deux phases coexistent. Les trois courbes se rejoignent au point triple , unique point où les trois phases coexistent. La courbe de vaporisation s’arrête au point critique : au-delà, l’état est dit supercritique et il n’y a plus de distinction entre liquide et gaz.
Figure 2 — Diagramme d’un corps pur, dans le cas de l’eau : la courbe de fusion a une pente négative (la glace est moins dense que l’eau liquide), ce qui est une anomalie — pour la quasi-totalité des corps purs cette pente est positive. Pour l’eau : à et à .
Méthode — lire un diagramme . (i) repérer les trois courbes et les deux points remarquables ; (ii) identifier les domaines : le solide est du côté des basses températures, le gaz du côté des basses pressions, le liquide entre les deux ; (iii) pour un point donné, lire la phase ; (iv) une transformation est un chemin dans le plan : elle change de phase chaque fois qu’elle traverse une courbe, et la température (ou la pression) reste alors constante pendant toute la durée de la transition.
Propriété — équilibre liquide-vapeur. Sur la courbe de vaporisation, et ne sont pas indépendantes : , pression de vapeur saturante, fonction croissante de seule. Conséquences : sous une pression fixée, la vaporisation d’un corps pur se fait à température constante (palier de changement d’état) ; ne suffit plus à décrire un système diphasé, il faut une variable supplémentaire de composition — on choisit par exemple ou . L’eau bout à sous , mais à seulement sous (sommet de l’Everest), et à sous .
7Le diagramme de Clapeyron et le théorème des moments
Définition. Dans le diagramme de Clapeyron, on porte en ordonnée et le volume massique en abscisse. La courbe de saturation est le lieu des états où apparaît (ou disparaît) la seconde phase ; elle se compose de la courbe d’ébullition (liquide saturant, ) et de la courbe de rosée (vapeur saturante, ), qui se rejoignent au point critique . Sous la courbe s’étend le domaine diphasé.
Définition. Pour un système diphasé de masse totale , le titre massique en vapeur est
sur la courbe d’ébullition, sur la courbe de rosée.
Théorème — théorème des moments. Soit un état diphasé de volume massique , à la température (donc à la pression ). Le volume étant extensif, , et en divisant par :
où et sont les extrémités du palier, sur la courbe d’ébullition et sur la courbe de rosée. De même .
Le titre d’une phase se lit sur le segment opposé à cette phase. Le titre en vapeur se mesure à partir du côté liquide () : plus est proche de (côté vapeur), plus est proche de . L’inverser est l’erreur la plus fréquente du chapitre — on la détecte en vérifiant un cas limite : si , il n’y a que du liquide, donc .
Figure 3 — Réseau d’isothermes en coordonnées de Clapeyron (échelles non linéaires). Dans la phase liquide l’isotherme est quasi verticale (incompressibilité) ; dans le domaine diphasé elle est horizontale à ; dans la vapeur elle se rapproche d’une hyperbole. Le palier se raccourcit quand croît et se réduit à un point au point critique , où l’isotherme présente un point d’inflexion à tangente horizontale.
Méthode — exploiter un diagramme de Clapeyron. (i) placer le point représentatif à partir de deux variables ( et , ou et ) ; (ii) sous la courbe de saturation, lire et aux extrémités du palier et appliquer le théorème des moments ; (iii) en déduire , , , ; (iv) contrôler : .
Une masse d’eau occupe à . Alors . Les tables donnent à : et . Comme , le système est diphasé et . Le théorème des moments donne
soit de vapeur et de liquide. Les de liquide n’occupent que : la vapeur occupe presque tout le volume alors qu’elle ne représente que de la masse.
8Complément numérique (Python)
Remarque. Le programme ne prévoit aucune capacité numérique exigible dans cette partie ; le programme ci-dessous est un complément, utile pour vérifier un calcul ou tracer un réseau d’isothermes.
import numpy as np
R, M = 8.314, 18.0e-3 # eau
def titre(v, vl, vv): # theoreme des moments
return (v - vl) / (vv - vl)
print(titre(0.50, 1.044e-3, 1.673)) # -> 0.2984
v = np.linspace(0.05, 2.0, 400) # m^3/kg : isothermes du gaz parfait
for T in (373.15, 473.15, 573.15):
P = R * T / (M * v) # P = r T / v avec r = R/M
9Démonstrations et résultats à savoir refaire
- Libre parcours moyen : compter les chocs subis par une molécule parcourant un cylindre de section , puis ; application numérique dans l’air à .
- Équation d’état du gaz parfait à partir des grandeurs cinétiques : partir de et de , éliminer , puis utiliser et ; en déduire et son application numérique (air, ).
- Énergie interne du gaz parfait monoatomique : sommer les énergies cinétiques d’agitation et utiliser l’interprétation microscopique de la température.
- Pression imposée par un piston : bilan des forces sur le piston à l’équilibre.
- Théorème des moments : extensivité du volume, , division par .
- Positionnement des phases dans les diagrammes et , et allure des isothermes en coordonnées d’Amagat.
- Définir l’échelle mésoscopique, justifier sa nécessité, citer un ordre de grandeur de libre parcours moyen ; préciser, sur un exemple, les paramètres d’un état microscopique et d’un état macroscopique.
- Calculer , , , dans un gaz, et contrôler les ordres de grandeur.
- Identifier un système ouvert, fermé ou isolé ; classer les variables d’état en intensives et extensives.
- Calculer une pression par une condition d’équilibre mécanique, une température par une condition d’équilibre thermique.
- Utiliser (unités SI !) et exploiter pour le gaz parfait et pour la phase condensée incompressible et indilatable.
- Interpréter graphiquement la différence de compressibilité entre liquide et gaz ; comparer un gaz réel au gaz parfait en coordonnées de Clapeyron ou d’Amagat.
- Analyser un diagramme expérimental ; positionner les phases dans et dans ; déterminer la composition d’un mélange diphasé par le théorème des moments.
- Échelles : ; ; distance intermoléculaire .
- Cinétique : ; ; .
- Gaz parfait : ; ; (monoatomique), (tout gaz parfait).
- Phase condensée idéale : ; ; .
- Diphasé : ; ; ; .
- Constantes : ; ; ; .
- Repères : (, ) ; (air, ) ; ; eau : , .
- Utiliser des degrés Celsius, des litres ou des bars dans : toujours convertir en kelvins, mètres cubes et pascals.
- Confondre (quantité de matière, en ) et (densité particulaire, en ), ou (volume massique) et (volume molaire).
- Croire que « gaz parfait » signifie « monoatomique » et écrire pour du dioxygène (c’est ).
- Appliquer la loi du gaz parfait à une vapeur saturante pour en déduire la pression, ou traiter et comme indépendantes pour un corps pur diphasé : elles sont liées par .
- Confondre le diagramme (où le domaine diphasé est une courbe) et le diagramme de Clapeyron (où c’est une surface sous la courbe de saturation).
- Lire le titre en vapeur à l’envers : se mesure depuis la courbe d’ébullition. Contrôler sur un cas limite.
- Croire que la température monte pendant l’ébullition : un palier se parcourt à et constantes.
- Confondre équilibre thermodynamique et régime stationnaire ; oublier qu’un système fermé n’est pas isolé.
- Parler de la température d’une seule molécule, ou compter l’énergie cinétique d’ensemble (vent) dans .
- Oublier que les isothermes d’Amagat d’un gaz parfait sont horizontales (et non des hyperboles).