1Charge électrique et intensité du courant
Définition. La charge électrique se mesure en coulombs (). Elle est quantifiée : toute charge est un multiple entier de la charge élémentaire . Elle est conservée : la charge totale d’un système fermé ne varie pas.
Définition. L’intensité du courant à travers une section orientée d’un conducteur est le débit de charge à travers cette section :
est une grandeur algébrique : son signe dépend de l’orientation choisie, fixée une fois pour toutes par une flèche sur le schéma. Le sens conventionnel du courant est celui du déplacement des charges positives, donc l’inverse du déplacement des électrons dans un métal.
Propriété — compatibilité avec la quantification. Un courant de correspond à électrons par seconde, dont les fluctuations relatives sont de l’ordre de : à l’échelle macroscopique la charge se décrit comme une grandeur continue, la granularité n’étant décelable qu’à très faible courant (bruit de grenaille).
Notation. Intensités : (fuite), (capteur), (électronique), (électroménager), (foudre). Tensions : (signal biologique), (thermocouple), (pile), (secteur), (ligne THT).
2L’approximation des régimes quasi stationnaires
Définition. Un signal électrique se propage le long des fils à une célérité de l’ordre de . Pour un circuit de plus grande dimension , l’information met donc une durée à le parcourir. L’ARQS consiste à négliger devant la durée caractéristique d’évolution des signaux :
Propriété — conséquences. Dans l’ARQS, tout se passe comme si les signaux se propageaient instantanément : l’intensité est la même en tout point d’une même branche à chaque instant, et les lois des nœ uds et des mailles s’appliquent à chaque instant, avec les valeurs instantanées.
Circuit de travaux pratiques () à : et , l’ARQS est excellente. Le même circuit à : , l’ARQS tombe en défaut et il faut une théorie des lignes. Réseau de distribution (, ) : l’ARQS cesse d’être valable à l’échelle d’un continent.
3Potentiel, tension, puissance
Définition. Le potentiel est défini en chaque point d’un circuit à une constante additive près : on choisit un point de référence, la masse, où l’on pose . La tension entre et est la différence de potentiel (), grandeur algébrique représentée par une flèche allant de vers (la flèche pointe vers le premier indice).
Propriété — conséquence immédiate. ; deux points reliés par un fil idéal sont au même potentiel, donc la tension entre eux est nulle. La somme des tensions le long d’un chemin fermé est nulle : c’est la loi des mailles.
Définition. Convention récepteur : les flèches de et de sont de sens opposés sur le dipôle. Convention générateur : elles sont de même sens. Dans les deux cas, la puissance reçue par le dipôle vaut, en convention récepteur,
et l’énergie reçue entre et vaut .
Figure 1 — Convention récepteur : est la puissance reçue.
Figure 2 — Convention générateur : est la puissance fournie.
Remarque — le signe n’est pas une nature. Un dipôle fléché en convention récepteur pour lequel on trouve fournit de l’énergie au reste du circuit ; une batterie en charge, elle, est un récepteur. C’est le signe du calcul, non le nom du composant, qui tranche.
4Les dipôles usuels
Définition. La caractéristique d’un dipôle (composant à deux bornes) est la courbe qui relie tension et intensité en régime établi. Le dipôle est linéaire si c’est une droite, passif si elle passe par l’origine, symétrique si elle est invariante par .
Propriété — les trois dipôles linéaires, convention récepteur.
avec pour le condensateur ( charge de l’armature d’où pointe la flèche de tension) ; la conductance est ().
Propriété — énergies et puissance. La résistance dissipe par effet Joule une puissance toujours positive, le condensateur et la bobine stockent de l’énergie sous forme électrique et magnétique :
Idée de la démonstration : , et de même pour .
Notation. Ordres de grandeur : résistances de à ; condensateurs du au (quelques mF pour un condensateur de filtrage) ; bobines du au .
Définition. Une source idéale de tension impose quel que soit le courant débité ; une source idéale de courant impose quelle que soit la tension à ses bornes. Aucune n’existe : une source réelle est décrite par un modèle linéaire de Thévenin, association série d’une source idéale de f.é.m. et d’une résistance interne , de caractéristique en convention générateur.
Figure 3 — Modèle de Thévenin
Figure 4 — Caractéristiques et point de fonctionnement
Méthode — point de fonctionnement. Un générateur débitant dans un récepteur impose le même couple aux deux dipôles : le point de fonctionnement est l’intersection des deux caractéristiques tracées dans le même repère. Si le récepteur est une résistance, la droite est la droite de charge ; s’il est non linéaire (diode, lampe), la résolution graphique est la seule méthode élémentaire.
5Les lois de Kirchhoff
Théorème — loi des nœ uds. En un nœ ud, la somme algébrique des intensités est nulle :
Idée : la charge est conservée et, dans l’ARQS, aucune charge ne s’accumule au nœ ud ; le débit entrant égale donc à chaque instant le débit sortant.
Théorème — loi des mailles. Pour toute maille orientée, la somme algébrique des tensions rencontrées est nulle :
( si la flèche de est dans le sens de parcours). Idée : le potentiel est une fonction bien définie des points du circuit, donc la somme des différences de potentiel le long d’un chemin fermé est nulle.
Méthode — résoudre un réseau. (i) choisir la masse ; (ii) orienter tous les courants et flécher toutes les tensions une fois pour toutes, en convention récepteur pour les dipôles passifs ; (iii) écrire les lois des nœ uds ( indépendantes pour nœ uds) et des mailles ; (iv) injecter les relations constitutives, résoudre, puis contrôler homogénéité et cas limites.
6Associations et ponts diviseurs
Théorème — associations. Deux résistances parcourues par le même courant sont en série ; soumises à la même tension, elles sont en parallèle :
Ces résultats s’étendent de proche en proche à un nombre quelconque de résistances.
Remarque — contrôles. : une association parallèle est plus petite que la plus petite des deux ; et dès que .
Théorème — pont diviseur de tension. Si et sont en série, donc traversées par le même courant, et si est la tension aux bornes de l’ensemble, alors
Démonstration : et ; on élimine .
Théorème — pont diviseur de courant. Si et sont en parallèle, donc soumises à la même tension, et si est l’intensité totale entrant dans l’association, alors
Démonstration : et ; on élimine puis .
Figure 5 — Diviseur de tension :
Figure 6 — Diviseur de courant :
Le diviseur de tension exige que le même courant traverse les deux résistances : dès qu’une branche dérive du courant au point milieu, la formule est fausse. Le diviseur de courant exige que les deux résistances soient réellement en parallèle, donc soumises à la même tension. Vérifier cette hypothèse est la moitié du travail.
Remarque — diviseur chargé. Un diviseur sous délivre à vide ; branchons une charge en parallèle sur : la branche basse vaut et . La charge modifie le diviseur : c’est tout l’enjeu des résistances d’entrée.
7Résistance d’entrée, résistance de sortie
Définition. La résistance d’entrée d’un appareil est la résistance équivalente vue entre ses bornes d’entrée. La résistance de sortie d’un montage est celle de son modèle de Thévenin vu des bornes de sortie, c’est-à-dire la résistance vue de la sortie sources éteintes (source de tension idéale remplacée par un fil, source de courant idéale par un circuit ouvert).
Propriété — valeurs usuelles. Oscilloscope ; voltmètre numérique ; ampèremètre, de à quelques ; GBF (norme).
Méthode — bien mesurer. Un voltmètre se branche en dérivation, avec la résistance du dipôle observé ; un ampèremètre en série, avec une résistance interne celle de la branche ; un montage attaquant une charge lui transmet une tension d’autant plus proche de sa tension à vide que (adaptation en tension).
Remarque — un GBF n’est pas idéal. De f.é.m. à vide et de résistance de sortie , débitant dans , il ne délivre que : d’où les deux graduations « charge » et « haute impédance » de son afficheur.
8Bilans de puissance
Théorème — bilan global. La somme des puissances reçues par tous les dipôles d’un circuit est nulle à chaque instant, soit
Idée : écrire la loi des mailles et la multiplier par l’intensité de la maille ; chaque terme devient une puissance.
Propriété — générateur réel en charge. Une source débitant dans fournit , dissipe en interne et délivre à la charge, avec : le rendement est d’autant meilleur que , tandis que la puissance utile est maximale pour (avec alors seulement) : rendement et puissance transmise sont deux objectifs distincts.
9Savoir-faire et démonstrations exigibles
- Démonstrations à savoir refaire : loi des nœ uds à partir de la conservation de la charge dans l’ARQS ; condition ; résistances équivalentes série et parallèle ; les deux ponts diviseurs, hypothèse comprise ; et par intégration de ; puissance maximale transmise par à , par étude de .
- Exprimer une intensité comme un débit de charge, justifier la description continue de la charge, écrire la condition d’ARQS et l’appliquer à un circuit donné.
- Algébriser un circuit (masse, orientation, fléchage, convention fixée une fois pour toutes), écrire les lois des nœ uds et des mailles et résoudre un réseau à deux mailles.
- Simplifier un réseau de proche en proche par associations série et parallèle ; établir et exploiter les deux ponts diviseurs après vérification de leur hypothèse.
- Modéliser une source réelle par une représentation de Thévenin ; déterminer et à partir d’une caractéristique ou de deux points de fonctionnement.
- Déterminer un point de fonctionnement, y compris graphiquement pour un dipôle non linéaire ; évaluer une résistance d’entrée ou de sortie et en déduire l’erreur commise par un appareil de mesure ; mener un bilan de puissance complet et discuter un rendement.
- ; ARQS : ; (convention récepteur) ; .
- Dipôles : ; , , ; , .
- Associations : ; . Diviseurs : (série) ; (parallèle).
- Source réelle : ; ; ; maximale pour . Repères : (oscilloscope), (voltmètre), (GBF), .
- Écrire les lois de Kirchhoff sans avoir orienté le circuit, changer de convention en cours de résolution, additionner des résistances en parallèle ou oublier d’inverser la somme des inverses.
- Appliquer un pont diviseur de tension à deux résistances dont l’une est shuntée par une branche dérivée : le courant n’y est plus le même.
- Confondre et (pour la bobine, ) ; croire qu’un condensateur ou une bobine idéale dissipe de l’énergie.
- Brancher un ampèremètre en dérivation ou un voltmètre en série ; oublier que la masse de l’oscilloscope et celle du GBF sont reliées ; négliger sur une faible charge.
- Confondre rendement maximal () et puissance maximale transmise () ; oublier de vérifier .