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MPSI · Mathématiques · Intégration · Chapitre 21

Intégration

Fiche de cours9 min de lecturePar Robin RinguetMise à jour : octobre 2026

1Continuité uniforme et théorème de Heine

Dans toute la fiche, KK désigne R\R ou C\C ; les fonctions sont définies sur un intervalle de R\R, à valeurs dans KK.

Définition. Soit ff définie sur un intervalle II. On dit que ff est uniformément continue sur II lorsque

∀ε>0, ∃δ>0, ∀(x,y)∈I2,∣x−y∣⩽δ ⟹ ∣f(x)−f(y)∣⩽ε.\forall\varepsilon>0,\ \exists\delta>0,\ \forall(x,y)\in I^{2},\qquad \abs{x-y}\le\delta\ \Longrightarrow\ \abs{f(x)-f(y)}\le\varepsilon.

Remarque. Dans la continuité en tout point, « ∀x∈I, ∀ε>0, ∃δ>0, ∀y∈I\forall x\in I,\ \forall\varepsilon>0,\ \exists\delta>0,\ \forall y\in I », le δ\delta dépend de xx ; dans la continuité uniforme, le même δ\delta convient pour tous les points de II : le quantificateur ∀x\forall x est passé après ∃δ\exists\delta. Donc : uniformément continue ⇒\Rightarrow continue, et la réciproque est fausse.

Propriété — cas lipschitzien. Si ff est lipschitzienne sur II, c’est-à-dire s’il existe k⩾0k\ge0 tel que ∣f(x)−f(y)∣⩽k∣x−y∣\abs{f(x)-f(y)}\le k\abs{x-y} pour tous x,y∈Ix,y\in I, alors ff est uniformément continue sur II (δ=εk+1\delta=\frac{\varepsilon}{k+1} convient). En particulier, si ff est de classe C1C^{1} sur un segment, elle est lipschitzienne de rapport k=sup⁡∣f′∣k=\sup\abs{f'} (inégalité des accroissements finis).

Théorème — théorème de Heine. Toute fonction continue sur un segment [a ;b]\intff{a}{b} y est uniformément continue. (Démonstration non exigible : par l’absurde, à l’aide du théorème de Bolzano-Weierstrass.)

AttentionLe rôle exact de cette notion

La continuité uniforme n’est introduite qu’en vue de la construction de l’intégrale : l’étude systématique des fonctions uniformément continues n’est pas un attendu du programme. Contre-exemple à connaître : x↦x2x\mapsto x^{2} est continue mais pas uniformément continue sur R\R (avec xn=nx_{n}=n et yn=n+1ny_{n}=n+\frac1n, ∣xn−yn∣→0\abs{x_{n}-y_{n}}\to0 alors que ∣f(xn)−f(yn)∣⩾2\abs{f(x_{n})-f(y_{n})}\ge2). Sur un segment, Heine interdit ce phénomène.

2Subdivisions, fonctions en escalier, fonctions continues par morceaux

Définition. Une subdivision de [a ;b]\intff{a}{b} est une famille finie σ=(a0,…,an)\sigma=(a_{0},\dots,a_{n}) telle que a=a0<a1<⋯<an=ba=a_{0}<a_{1}<\dots<a_{n}=b ; son pas est max⁡i∈⟦1 ;n⟧(ai−ai−1)\max_{i\in\intent{1}{n}}(a_{i}-a_{i-1}). Elle est régulière lorsque ai=a+ib−ana_{i}=a+i\frac{b-a}{n}, son pas valant alors b−an\frac{b-a}{n}.

Définition. φ:[a ;b]→K\varphi:\intff{a}{b}\to K est en escalier s’il existe une subdivision (a0,…,an)(a_{0},\dots,a_{n}) de [a ;b]\intff{a}{b} et des scalaires λ1,…,λn\lambda_{1},\dots,\lambda_{n} tels que φ\varphi soit constante égale à λi\lambda_{i} sur chaque intervalle ouvert ]ai−1 ;ai[\intoo{a_{i-1}}{a_{i}} (les valeurs aux points aia_{i} sont quelconques). Une telle subdivision est dite adaptée à φ\varphi.

Définition. f:[a ;b]→Kf:\intff{a}{b}\to K est continue par morceaux s’il existe une subdivision (a0,…,an)(a_{0},\dots,a_{n}) de [a ;b]\intff{a}{b} telle que, pour tout i∈⟦1 ;n⟧i\in\intent{1}{n}, la restriction de ff à ]ai−1 ;ai[\intoo{a_{i-1}}{a_{i}} soit continue et admette une limite finie à droite en ai−1a_{i-1} et à gauche en aia_{i}.

Propriété. Les fonctions continues et les fonctions en escalier sur [a ;b]\intff{a}{b} sont continues par morceaux, et une fonction continue par morceaux est bornée. L’ensemble des fonctions continues par morceaux sur [a ;b]\intff{a}{b} est stable par ++, par λ⋅\lambda\cdot (λ∈K\lambda\in K), par produit, par f↦∣f∣f\mapsto\abs{f} et par restriction à un sous-segment.

Attention

« Continue par morceaux » exige des limites finies de part et d’autre de chaque point de la subdivision, et un nombre fini de morceaux : x↦1xx\mapsto\frac1x prolongée par 00 en 00 (limite infinie) et x↦sin⁡1xx\mapsto\sin\frac1x prolongée par 00 (pas de limite en 00) ne sont pas continues par morceaux sur [0 ;1]\intff{0}{1}. En revanche x↦⌊x⌋x\mapsto\lfloor x\rfloor est en escalier sur tout segment.

3Intégrale d’une fonction continue par morceaux sur un segment

Théorème — existence, construction admise. À toute ff continue par morceaux sur [a ;b]\intff{a}{b} à valeurs dans KK on associe un unique scalaire ∫[a ;b]f=∫abf=∫abf(t) ⁣dt\int_{\intff{a}{b}}f=\int_{a}^{b}f=\int_{a}^{b}f(t)\dd t, égal à ∑i=1nλi(ai−ai−1)\sum_{i=1}^{n}\lambda_{i}(a_{i}-a_{i-1}) lorsque ff est en escalier de valeurs λi\lambda_{i} sur les ]ai−1 ;ai[\intoo{a_{i-1}}{a_{i}}, et possédant les propriétés ci-dessous. Le programme n’impose aucune construction particulière : on admet ce théorème.

Notation. La variable tt est muette ; deux fonctions continues par morceaux qui ne diffèrent qu’en un nombre fini de points ont la même intégrale. Lorsque ff est réelle positive, ∫abf\int_{a}^{b}f est l’aire du domaine {(x,y), a⩽x⩽b, 0⩽y⩽f(x)}\ens{(x,y),\ a\le x\le b,\ 0\le y\le f(x)} ; en général c’est une aire algébrique (comptée négativement sous l’axe).

Définition — extension aux bornes dans n’importe quel ordre. Pour ff continue par morceaux sur un segment contenant aa et bb, on pose ∫aaf=0\int_{a}^{a}f=0 et ∫baf=−∫abf\int_{b}^{a}f=-\int_{a}^{b}f. Avec cette convention, la linéarité et la relation de Chasles restent valables sans condition d’ordre sur les bornes.

Propriété — propriétés fondamentales. Soient f,gf,g continues par morceaux sur [a ;b]\intff{a}{b} et (λ,μ)∈K2(\lambda,\mu)\in K^{2}.

Formulaire
  • Linéarité : ∫ab(λf+μg)=λ∫abf+μ∫abg\int_{a}^{b}(\lambda f+\mu g)=\lambda\int_{a}^{b}f+\mu\int_{a}^{b}g — l’intégrale est une forme linéaire sur l’espace des fonctions continues par morceaux sur [a ;b]\intff{a}{b}.
  • Positivité et croissance : si K=RK=\R et a⩽ba\le b, alors f⩾0⇒∫abf⩾0f\ge0\Rightarrow\int_{a}^{b}f\ge0, et f⩽g⇒∫abf⩽∫abgf\le g\Rightarrow\int_{a}^{b}f\le\int_{a}^{b}g.
  • Chasles : ∫abf=∫acf+∫cbf\int_{a}^{b}f=\int_{a}^{c}f+\int_{c}^{b}f dès que ff est continue par morceaux sur un segment contenant aa, bb et cc.
  • Inégalité triangulaire : si a⩽ba\le b,  ∣∫abf∣⩽∫ab∣f∣\ \left|\int_{a}^{b}f\right|\le\int_{a}^{b}\abs{f}, pour K=RK=\R comme pour K=CK=\C. Si K=CK=\C : ∫abf‾=∫abf‾\int_{a}^{b}\overline{f}=\overline{\int_{a}^{b}f} et Re⁡ ⁣(∫abf)=∫abRe⁡(f)\Ree\!\left(\int_{a}^{b}f\right)=\int_{a}^{b}\Ree(f) (de même pour Im⁡\Imm).

Idées de preuve (exigibles). Linéarité et positivité s’obtiennent sur les fonctions en escalier (tout y est une somme finie) puis passent à la limite dans la construction ; la croissance est la positivité appliquée à g−f⩾0g-f\ge0. L’inégalité triangulaire pour K=RK=\R vient de −∣f∣⩽f⩽∣f∣-\abs{f}\le f\le\abs{f} et de la croissance ; pour K=CK=\C, on écrit ∫abf=reiθ\int_{a}^{b}f=r\e^{i\theta} avec r⩾0r\ge0, puis r=Re⁡ ⁣(e−iθ∫abf)=∫abRe⁡ ⁣(e−iθf)⩽∫ab∣f∣r=\Ree\!\left(\e^{-i\theta}\int_{a}^{b}f\right)=\int_{a}^{b}\Ree\!\left(\e^{-i\theta}f\right)\le\int_{a}^{b}\abs{f} car Re⁡(z)⩽∣z∣\Ree(z)\le\abs{z}.

Théorème — fonction continue positive d’intégrale nulle. Soit ff continue sur [a ;b]\intff{a}{b} (a<ba<b), à valeurs réelles positives. Si ∫abf=0\int_{a}^{b}f=0, alors ff est nulle sur [a ;b]\intff{a}{b}.

Idée de preuve (exigible). Par contraposée : si f(x0)>0f(x_{0})>0 pour un x0x_{0}, la continuité en x0x_{0} fournit un segment [α ;β]⊂[a ;b]\intff{\alpha}{\beta}\subset\intff{a}{b} de longueur ℓ>0\ell>0 sur lequel f⩾f(x0)2f\ge\frac{f(x_{0})}{2} ; par Chasles et positivité, ∫abf⩾∫αβf⩾f(x0)2 ℓ>0\int_{a}^{b}f\ge\int_{\alpha}^{\beta}f\ge\frac{f(x_{0})}{2}\,\ell>0.

Propriété — conséquences utiles. Soit ff continue par morceaux sur [a ;b]\intff{a}{b} avec a<ba<b.

  • Valeur moyenne de ff sur [a ;b]\intff{a}{b} :  μ=1b−a∫abf(t) ⁣dt\ \displaystyle\mu=\frac{1}{b-a}\int_{a}^{b}f(t)\dd t.
  • Inégalité de la moyenne : si ff est réelle et m⩽f⩽Mm\le f\le M sur [a ;b]\intff{a}{b}, alors m(b−a)⩽∫abf⩽M(b−a)m(b-a)\le\int_{a}^{b}f\le M(b-a) ; et dans tous les cas ∣∫abf∣⩽(b−a)sup⁡[a ;b]∣f∣\left|\int_{a}^{b}f\right|\le(b-a)\sup_{\intff{a}{b}}\abs{f}. (Conséquences immédiates de la croissance et de l’inégalité triangulaire, et non des résultats nommés par le programme : on les redémontre en une ligne.)
  • Parité : si ff est continue par morceaux sur [−a ;a]\intff{-a}{a} (a>0a>0), ∫−aaf=2∫0af\int_{-a}^{a}f=2\int_{0}^{a}f si ff est paire, ∫−aaf=0\int_{-a}^{a}f=0 si ff est impaire. Périodicité : si ff est continue par morceaux sur R\R et TT-périodique (T>0T>0), x↦∫xx+Tfx\mapsto\int_{x}^{x+T}f est constante, égale à ∫0Tf\int_{0}^{T}f.
AttentionLes deux erreurs les plus coûteuses

Positivité et croissance exigent a⩽ba\le b : avec a>ba>b les inégalités sont renversées (∫10t ⁣dt=−12⩽0\int_{1}^{0}t\dd t=-\frac12\le0 bien que t↦tt\mapsto t soit positive). Et « ∫abf=0\int_{a}^{b}f=0 donc f=0f=0 » est faux sans les hypothèses continue et de signe constant : ∫−11t ⁣dt=0\int_{-1}^{1}t\dd t=0 sans que t↦tt\mapsto t soit nulle.

4Sommes de Riemann

Théorème — sommes de Riemann. Soit ff continue par morceaux sur [a ;b]\intff{a}{b}, à valeurs dans KK. Alors

b−an∑k=0n−1f ⁣(a+k b−an)→n→+∞∫abf(t) ⁣dt.\frac{b-a}{n}\sum_{k=0}^{n-1}f\!\left(a+k\,\frac{b-a}{n}\right)\xrightarrow[n\to+\infty]{}\int_{a}^{b}f(t)\dd t.

Le même résultat vaut pour les sommes à droite b−an∑k=1nf ⁣(a+kb−an)\frac{b-a}{n}\sum_{k=1}^{n}f\!\left(a+k\frac{b-a}{n}\right) (les deux sommes diffèrent de b−an(f(b)−f(a))→0\frac{b-a}{n}\bigl(f(b)-f(a)\bigr)\to0).

Idée de preuve (exigible uniquement pour ff lipschitzienne). Notons h=b−anh=\frac{b-a}{n}, xk=a+khx_{k}=a+kh et SnS_{n} la somme. Par Chasles, ∫abf−Sn=∑k=0n−1∫xkxk+1(f(t)−f(xk)) ⁣dt\int_{a}^{b}f-S_{n}=\sum_{k=0}^{n-1}\int_{x_{k}}^{x_{k+1}}\bigl(f(t)-f(x_{k})\bigr)\dd t. Si ff est k0k_{0}-lipschitzienne, ∣f(t)−f(xk)∣⩽k0∣t−xk∣⩽k0h\abs{f(t)-f(x_{k})}\le k_{0}\abs{t-x_{k}}\le k_{0}h sur [xk ;xk+1]\intff{x_{k}}{x_{k+1}}, donc chaque terme est majoré en module par k0h2k_{0}h^{2} et

∣∫abf−Sn∣⩽n k0h2=k0(b−a)2n→n→+∞0.\left|\int_{a}^{b}f-S_{n}\right|\le n\,k_{0}h^{2}=\frac{k_{0}(b-a)^{2}}{n}\xrightarrow[n\to+\infty]{}0.

Le cas général se démontre avec le théorème de Heine ; il est admis.

Figure 1 — Méthode des rectangles à gauche, n=5n=5 : l’aire hachurée est b−an∑k=0n−1f(xk)\frac{b-a}{n}\sum_{k=0}^{n-1}f(x_{k}).

Méthode — reconnaître une somme de Riemann. pour calculer lim⁡1n∑k=0n−1g ⁣(kn)\lim\frac1n\sum_{k=0}^{n-1}g\!\left(\frac{k}{n}\right), on l’écrit comme somme de Riemann de gg sur [0 ;1]\intff{0}{1} : la limite est ∫01g\int_{0}^{1}g. Le repère : un facteur 1n\frac1n devant la somme et une dépendance en kk uniquement par kn\frac{k}{n}. Ainsi 1n∑k=1n11+kn→∫01 ⁣dx1+x=ln⁡2\frac1n\sum_{k=1}^{n}\frac{1}{1+\frac{k}{n}}\to\int_{0}^{1}\frac{\dd x}{1+x}=\ln2.

Remarque — rectangles et trapèzes. Pour ff de classe C1C^{1} l’erreur des rectangles est en O ⁣(1n)O\!\left(\frac1n\right) ; pour ff de classe C2C^{2} celle des trapèzes Tn=b−an(f(a)+f(b)2+∑k=1n−1f(xk))T_{n}=\frac{b-a}{n}\left(\frac{f(a)+f(b)}{2}+\sum_{k=1}^{n-1}f(x_{k})\right) est en O ⁣(1n2)O\!\left(\frac{1}{n^{2}}\right) : les trapèzes sont nettement plus performants. Si ff est de plus convexe, TnT_{n} majore l’intégrale et la somme des milieux la minore.

5Lien entre intégrale et primitive

Théorème — théorème fondamental. Soient II un intervalle, ff continue sur II à valeurs dans KK et a∈Ia\in I. Alors la fonction

F:x⟼∫axf(t) ⁣dtF:x\longmapsto\int_{a}^{x}f(t)\dd t

est de classe C1C^{1} sur II et F′=fF'=f. En particulier, toute fonction continue sur un intervalle y admet des primitives, et FF est l’unique primitive de ff sur II qui s’annule en aa.

Idée de preuve (exigible). Pour x≠x0x\ne x_{0}, F(x)−F(x0)x−x0−f(x0)=1x−x0∫x0x(f(t)−f(x0)) ⁣dt\frac{F(x)-F(x_{0})}{x-x_{0}}-f(x_{0})=\frac{1}{x-x_{0}}\int_{x_{0}}^{x}\bigl(f(t)-f(x_{0})\bigr)\dd t (Chasles) ; la continuité de ff en x0x_{0} majore l’intégrande par ε\varepsilon au voisinage de x0x_{0}, donc le quotient par ε\varepsilon : la dérivée vaut f(x0)f(x_{0}).

Propriété — corollaire de calcul. Si ff est continue sur II et si GG est une primitive de ff sur II, alors pour tous a,b∈Ia,b\in I :  ∫abf(t) ⁣dt=[G(t)]ab=G(b)−G(a)\ \displaystyle\int_{a}^{b}f(t)\dd t=\bigl[G(t)\bigr]_{a}^{b}=G(b)-G(a).

Propriété — composition. Si ff est continue sur II et u,vu,v dérivables sur JJ à valeurs dans II, alors H:x↦∫u(x)v(x)f(t) ⁣dtH:x\mapsto\int_{u(x)}^{v(x)}f(t)\dd t est dérivable et H′(x)=v′(x)f(v(x))−u′(x)f(u(x))H'(x)=v'(x)f\bigl(v(x)\bigr)-u'(x)f\bigl(u(x)\bigr) (écrire H=F∘v−F∘uH=F\circ v-F\circ u). Attention : si ff est seulement continue par morceaux, F:x↦∫axfF:x\mapsto\int_{a}^{x}f reste continue (et lipschitzienne) mais pas nécessairement dérivable aux discontinuités de ff — pour f=⌊⋅⌋f=\lfloor\cdot\rfloor, FF n’est pas dérivable en 11.

Théorème — intégration par parties. Si uu et vv sont de classe C1C^{1} sur un segment [a ;b]\intff{a}{b}, à valeurs dans KK, alors

∫abu′(t)v(t) ⁣dt=[u(t)v(t)]ab−∫abu(t)v′(t) ⁣dt.\int_{a}^{b}u'(t)v(t)\dd t=\bigl[u(t)v(t)\bigr]_{a}^{b}-\int_{a}^{b}u(t)v'(t)\dd t.

Théorème — changement de variable. Si φ\varphi est de classe C1C^{1} sur [α ;β]\intff{\alpha}{\beta} et si ff est continue sur un intervalle contenant φ([α ;β])\varphi\bigl(\intff{\alpha}{\beta}\bigr), alors

∫φ(α)φ(β)f(x) ⁣dx=∫αβf(φ(t))φ′(t) ⁣dt.\int_{\varphi(\alpha)}^{\varphi(\beta)}f(x)\dd x=\int_{\alpha}^{\beta}f\bigl(\varphi(t)\bigr)\varphi'(t)\dd t.

Aucune monotonie n’est requise dans ce sens. En revanche, pour calculer ∫abf\int_{a}^{b}f en posant x=φ(t)x=\varphi(t), il faut résoudre φ(α)=a\varphi(\alpha)=a et φ(β)=b\varphi(\beta)=b : on prend φ\varphi de classe C1C^{1} et strictement monotone. En pratique on écrit x=φ(t)x=\varphi(t),  ⁣dx=φ′(t) ⁣dt\dd x=\varphi'(t)\dd t et le tableau des bornes — les oublier est l’erreur la plus fréquente.

6Formules de Taylor globales

Théorème — formule de Taylor avec reste intégral. Soient II un intervalle, n∈Nn\in\N et ff de classe Cn+1C^{n+1} sur II à valeurs dans KK. Alors, pour tous a,x∈Ia,x\in I,

f(x)=∑k=0nf(k)(a)k!(x−a)k+∫ax(x−t)nn! f(n+1)(t) ⁣dt⏟reste inteˊgral Rn(x).f(x)=\sum_{k=0}^{n}\frac{f^{(k)}(a)}{k!}(x-a)^{k}+\underbrace{\int_{a}^{x}\frac{(x-t)^{n}}{n!}\,f^{(n+1)}(t)\dd t}_{\text{reste intégral }R_{n}(x)}.

Idée de preuve (exigible). Récurrence sur nn ; pour n=0n=0, ∫axf′=f(x)−f(a)\int_{a}^{x}f'=f(x)-f(a). Hérédité : dans Rn(x)R_{n}(x) on intègre par parties en primitivant t↦(x−t)nn!t\mapsto\frac{(x-t)^{n}}{n!} en t↦−(x−t)n+1(n+1)!t\mapsto-\frac{(x-t)^{n+1}}{(n+1)!} et en dérivant f(n+1)f^{(n+1)} ; le crochet donne f(n+1)(a)(n+1)!(x−a)n+1\frac{f^{(n+1)}(a)}{(n+1)!}(x-a)^{n+1} et l’intégrale restante est Rn+1(x)R_{n+1}(x).

Théorème — inégalité de Taylor-Lagrange. Soient ff de classe Cn+1C^{n+1} sur un intervalle II et a,x∈Ia,x\in I. Si Mn+1M_{n+1} majore ∣f(n+1)∣\abs{f^{(n+1)}} sur le segment d’extrémités aa et xx, alors

∣f(x)−∑k=0nf(k)(a)k!(x−a)k∣⩽Mn+1 ∣x−a∣n+1(n+1)!.\left|f(x)-\sum_{k=0}^{n}\frac{f^{(k)}(a)}{k!}(x-a)^{k}\right|\le M_{n+1}\,\frac{\abs{x-a}^{n+1}}{(n+1)!}.

Idée de preuve (exigible). On majore le reste intégral : pour x⩾ax\ge a, ∣Rn(x)∣⩽∫ax(x−t)nn!∣f(n+1)(t)∣ ⁣dt⩽Mn+1∫ax(x−t)nn! ⁣dt=Mn+1(x−a)n+1(n+1)!\abs{R_{n}(x)}\le\int_{a}^{x}\frac{(x-t)^{n}}{n!}\abs{f^{(n+1)}(t)}\dd t\le M_{n+1}\int_{a}^{x}\frac{(x-t)^{n}}{n!}\dd t=M_{n+1}\frac{(x-a)^{n+1}}{(n+1)!} ; si x⩽ax\le a, on échange les bornes.

AttentionGlobal, local, et ce qui est hors programme

La formule de Taylor-Young (chapitre 15) est locale : elle n’exige que ff de classe CnC^{n} mais ne donne qu’un o((x−a)n)o\bigl((x-a)^{n}\bigr), sans contrôle quantitatif. Les formules ci-dessus sont globales : valables sur tout l’intervalle, elles fournissent une majoration explicite du reste — d’où leur usage pour les approximations et les majorations d’erreur. L’égalité de Taylor-Lagrange (existence d’un cc tel que Rn(x)=f(n+1)(c)(n+1)!(x−a)n+1R_{n}(x)=\frac{f^{(n+1)}(c)}{(n+1)!}(x-a)^{n+1}) est hors programme : on ne l’invoque jamais. Enfin Mn+1M_{n+1} doit majorer ∣f(n+1)∣\abs{f^{(n+1)}} sur le bon segment, celui d’extrémités aa et xx.

Savoir-faire
  • Découper par Chasles une intégrale contenant une valeur absolue ou une partie entière ; intégrer une fonction en escalier.
  • Encadrer une intégrale qu’on ne sait pas calculer (croissance, inégalité triangulaire, inégalité de la moyenne) et en déduire une limite ou un équivalent.
  • Exploiter parité, imparité, périodicité, le changement de variable t↦a+b−tt\mapsto a+b-t ; reconnaître une somme de Riemann et en calculer la limite ; majorer l’erreur pour ff lipschitzienne ; comparer rectangles et trapèzes.
  • Dériver x↦∫u(x)v(x)fx\mapsto\int_{u(x)}^{v(x)}f, en déduire variations, limites et développements limités ; établir une relation de récurrence entre intégrales par parties.
  • Écrire la formule de Taylor avec reste intégral et majorer ce reste par l’inégalité de Taylor-Lagrange pour approcher une valeur avec erreur contrôlée.
Exempledeux calculs types

Encadrement. Pour n∈Nn\in\N, 0⩽tn1+t2⩽tn0\le\frac{t^{n}}{1+t^{2}}\le t^{n} sur [0 ;1]\intff{0}{1}, donc 0⩽∫01tn1+t2 ⁣dt⩽1n+10\le\int_{0}^{1}\frac{t^{n}}{1+t^{2}}\dd t\le\frac{1}{n+1} : cette intégrale tend vers 00. Taylor-Lagrange. Pour f=exp⁡f=\exp, a=0a=0, n=3n=3, x∈[0 ;1]x\in\intff{0}{1} : ∣f(4)(t)∣=et⩽e\abs{f^{(4)}(t)}=\e^{t}\le\e sur [0 ;1]\intff{0}{1}, donc ∣ex−1−x−x22−x36∣⩽e24x4⩽0,114\left|\e^{x}-1-x-\frac{x^{2}}{2}-\frac{x^{3}}{6}\right|\le\frac{\e}{24}x^{4}\le0{,}114 ; avec n=8n=8, l’erreur est ⩽e9!<8×10−6\le\frac{\e}{9!}<8\times10^{-6}.

Pièges
  • Intégrer une inégalité avec a>ba>b ; croire que ∫∣f∣=∣∫f∣\int\abs{f}=\abs{\int f} ; conclure f=0f=0 de ∫f=0\int f=0 sans continuité ni signe constant.
  • Écrire F′=fF'=f pour ff seulement continue par morceaux ; oublier u′(x)u'(x) et v′(x)v'(x) en dérivant x↦∫u(x)v(x)fx\mapsto\int_{u(x)}^{v(x)}f.
  • Intégrer par parties sans vérifier que uu et vv sont C1C^{1} sur tout le segment ; changer de variable sans changer les bornes, ou avec un φ\varphi non injectif.
  • Démontrer la convergence des sommes de Riemann sans hypothèse lipschitzienne (seul ce cas est exigible) ; invoquer l’égalité de Taylor-Lagrange ou Cauchy-Schwarz intégrale (chapitre 24), hors programme ici.

Exercices, contrôles et sujets

Les énoncés sont en accès libre, à télécharger en PDF.

1

Exercices de base

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Les bases : continuité uniforme, fonctions continues par morceaux, propriétés de l’intégrale, sommes de Riemann, formules de Taylor globales

12 exercicesniveau Difficulté 1 sur 3 à Difficulté 2 sur 3durée conseillée : 2 h 30sans calculatrice

  1. Continuité uniforme : la définition en actionDifficulté 1 sur 3
  2. En escalier, continue par morceaux, ou ni l’un ni l’autreDifficulté 1 sur 3
  3. Découper par ChaslesDifficulté 1 sur 3
  4. Parité, imparité, périodicitéDifficulté 1 sur 3
  5. Encadrer sans calculerDifficulté 2 sur 3
  6. Intégrale nulle, fonction nulleDifficulté 2 sur 3
  7. Reconnaître une somme de RiemannDifficulté 2 sur 3
  8. Fonctions définies par une intégraleDifficulté 2 sur 3
  9. Intégrations par parties sur un segmentDifficulté 2 sur 3
  10. Changements de variable sur un segmentDifficulté 2 sur 3
  11. Taylor avec reste intégral et inégalité de Taylor-LagrangeDifficulté 2 sur 3
  12. Valeur moyenneDifficulté 2 sur 3
2

Exercices d'application

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Application : suites d’intégrales, rectangles et trapèzes, comparaison somme-intégrale, symétries, approximations contrôlées

9 exercicesniveau Difficulté 2 sur 3durée conseillée : 3 hune question Python en complément

  1. La suite In=∫0π/4tan⁡nt ⁣dtI_{n}=\int_{0}^{\pi/4}\tan^{n}t\dd tDifficulté 2 sur 3
  2. Rectangles, milieux et trapèzesDifficulté 2 sur 3
  3. Quatre sommes, trois sommes de RiemannDifficulté 2 sur 3
  4. Étude de F(x)=∫x2x ⁣dtln⁡tF(x)=\int_{x}^{2x}\frac{\dd t}{\ln t}Difficulté 2 sur 3
  5. Comparaison somme-intégraleDifficulté 2 sur 3
  6. Le changement de variable t↦a+b−tt\mapsto a+b-tDifficulté 2 sur 3
  7. Oscillations rapidesDifficulté 2 sur 3
  8. Approximations contrôléesDifficulté 2 sur 3
  9. Deux équations fonctionnelles intégralesDifficulté 2 sur 3
3

Interrogation A

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Durée : 1 h — sans document ni calculatrice

3 exercicesnoté sur 20niveau Difficulté 1 sur 3 à Difficulté 2 sur 3la rédaction est évaluée

  1. Questions de cours5 ptsDifficulté 1 sur 3
  2. Trois calculs7 ptsDifficulté 2 sur 3
  3. La suite un=∫01(1−t2)n ⁣dtu_{n}=\int_{0}^{1}\left(1-t^{2}\right)^{n}\dd t8 ptsDifficulté 2 sur 3
4

Interrogation B

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Durée : 1 h — sans document ni calculatrice

3 exercicesnoté sur 20niveau Difficulté 2 sur 3 à Difficulté 3 sur 3la rédaction est évaluée

  1. Questions de cours5 ptsDifficulté 2 sur 3
  2. Trois calculs7 ptsDifficulté 2 sur 3
  3. La fonction Φ(x)=∫xx+1e−t2 ⁣dt\Phi(x)=\int_{x}^{x+1}\e^{-t^{2}}\dd t8 ptsDifficulté 3 sur 3
5

Approfondissement

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Théorème de Heine, sommes de Riemann pour une fonction monotone, erreur des trapèzes, irrationalité de e\e, inégalités intégrales

7 exercicesniveau Difficulté 3 sur 3durée conseillée : 4 hdémonstrations du cours et exercices d’oral ambitieux

  1. Le théorème de Heine, et ce que la continuité uniforme n’est pasDifficulté 3 sur 3
  2. Sommes de Riemann : le cas monotone et la vitesseDifficulté 3 sur 3
  3. L’erreur exacte de la méthode des trapèzesDifficulté 3 sur 3
  4. L’irrationalité de e\eDifficulté 3 sur 3
  5. Deux zéros au moinsDifficulté 3 sur 3
  6. L’inégalité de Hermite-HadamardDifficulté 3 sur 3
  7. L’inégalité de Tchebychev intégraleDifficulté 3 sur 3
6

DS type concours

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Trois façons de calculer π\pi : sommes de Riemann, série de Leibniz, formule de Machin

durée : 4 hnoté sur 20quatre parties enchaînéescalculatrice interdite

7

Planche de colle

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Une question de cours et quatre exercices d’oral indépendants

4 exercicesniveaux Difficulté 1 sur 3, Difficulté 2 sur 3, Difficulté 2 sur 3, Difficulté 3 sur 3environ 20 min chacunsans calculatrice

  1. Deux calculsDifficulté 1 sur 3
  2. Une limite de produitDifficulté 2 sur 3
  3. Un point fixeDifficulté 2 sur 3
  4. Une limite de normeDifficulté 3 sur 3

Prépa · Mathématiques : les 26 chapitres

  1. Logique et raisonnement
  2. Ensembles et applications
  3. Sommes et produits
  4. Inégalités et trigonométrie
  5. Nombres complexes
  6. Fonctions usuelles
  7. Primitives et équations différentielles
  8. Nombres réels et suites numériques
  9. Limites et continuité
  10. Dérivabilité et convexité
  11. Arithmétique des entiers relatifs
  12. Structures algébriques usuelles
  13. Calcul matriciel
  14. Polynômes et fractions rationnelles
  15. Analyse asymptotique
  16. Espaces vectoriels
  17. Dimension et applications linéaires
  18. Matrices et applications linéaires
  19. Groupe symétrique
  20. Déterminants
  21. Intégration
  22. Dénombrement
  23. Probabilités
  24. Espaces préhilbertiens
  25. Séries et familles sommables
  26. Fonctions de deux variables