1Continuité uniforme et théorème de Heine
Dans toute la fiche, désigne ou ; les fonctions sont définies sur un intervalle de , à valeurs dans .
Définition. Soit définie sur un intervalle . On dit que est uniformément continue sur lorsque
Remarque. Dans la continuité en tout point, « », le dépend de ; dans la continuité uniforme, le même convient pour tous les points de : le quantificateur est passé après . Donc : uniformément continue continue, et la réciproque est fausse.
Propriété — cas lipschitzien. Si est lipschitzienne sur , c’est-à-dire s’il existe tel que pour tous , alors est uniformément continue sur ( convient). En particulier, si est de classe sur un segment, elle est lipschitzienne de rapport (inégalité des accroissements finis).
Théorème — théorème de Heine. Toute fonction continue sur un segment y est uniformément continue. (Démonstration non exigible : par l’absurde, à l’aide du théorème de Bolzano-Weierstrass.)
La continuité uniforme n’est introduite qu’en vue de la construction de l’intégrale : l’étude systématique des fonctions uniformément continues n’est pas un attendu du programme. Contre-exemple à connaître : est continue mais pas uniformément continue sur (avec et , alors que ). Sur un segment, Heine interdit ce phénomène.
2Subdivisions, fonctions en escalier, fonctions continues par morceaux
Définition. Une subdivision de est une famille finie telle que ; son pas est . Elle est régulière lorsque , son pas valant alors .
Définition. est en escalier s’il existe une subdivision de et des scalaires tels que soit constante égale à sur chaque intervalle ouvert (les valeurs aux points sont quelconques). Une telle subdivision est dite adaptée à .
Définition. est continue par morceaux s’il existe une subdivision de telle que, pour tout , la restriction de à soit continue et admette une limite finie à droite en et à gauche en .
Propriété. Les fonctions continues et les fonctions en escalier sur sont continues par morceaux, et une fonction continue par morceaux est bornée. L’ensemble des fonctions continues par morceaux sur est stable par , par (), par produit, par et par restriction à un sous-segment.
« Continue par morceaux » exige des limites finies de part et d’autre de chaque point de la subdivision, et un nombre fini de morceaux : prolongée par en (limite infinie) et prolongée par (pas de limite en ) ne sont pas continues par morceaux sur . En revanche est en escalier sur tout segment.
3Intégrale d’une fonction continue par morceaux sur un segment
Théorème — existence, construction admise. À toute continue par morceaux sur à valeurs dans on associe un unique scalaire , égal à lorsque est en escalier de valeurs sur les , et possédant les propriétés ci-dessous. Le programme n’impose aucune construction particulière : on admet ce théorème.
Notation. La variable est muette ; deux fonctions continues par morceaux qui ne diffèrent qu’en un nombre fini de points ont la même intégrale. Lorsque est réelle positive, est l’aire du domaine ; en général c’est une aire algébrique (comptée négativement sous l’axe).
Définition — extension aux bornes dans n’importe quel ordre. Pour continue par morceaux sur un segment contenant et , on pose et . Avec cette convention, la linéarité et la relation de Chasles restent valables sans condition d’ordre sur les bornes.
Propriété — propriétés fondamentales. Soient continues par morceaux sur et .
- Linéarité : — l’intégrale est une forme linéaire sur l’espace des fonctions continues par morceaux sur .
- Positivité et croissance : si et , alors , et .
- Chasles : dès que est continue par morceaux sur un segment contenant , et .
- Inégalité triangulaire : si , , pour comme pour . Si : et (de même pour ).
Idées de preuve (exigibles). Linéarité et positivité s’obtiennent sur les fonctions en escalier (tout y est une somme finie) puis passent à la limite dans la construction ; la croissance est la positivité appliquée à . L’inégalité triangulaire pour vient de et de la croissance ; pour , on écrit avec , puis car .
Théorème — fonction continue positive d’intégrale nulle. Soit continue sur (), à valeurs réelles positives. Si , alors est nulle sur .
Idée de preuve (exigible). Par contraposée : si pour un , la continuité en fournit un segment de longueur sur lequel ; par Chasles et positivité, .
Propriété — conséquences utiles. Soit continue par morceaux sur avec .
- Valeur moyenne de sur : .
- Inégalité de la moyenne : si est réelle et sur , alors ; et dans tous les cas . (Conséquences immédiates de la croissance et de l’inégalité triangulaire, et non des résultats nommés par le programme : on les redémontre en une ligne.)
- Parité : si est continue par morceaux sur (), si est paire, si est impaire. Périodicité : si est continue par morceaux sur et -périodique (), est constante, égale à .
Positivité et croissance exigent : avec les inégalités sont renversées ( bien que soit positive). Et « donc » est faux sans les hypothèses continue et de signe constant : sans que soit nulle.
4Sommes de Riemann
Théorème — sommes de Riemann. Soit continue par morceaux sur , à valeurs dans . Alors
Le même résultat vaut pour les sommes à droite (les deux sommes diffèrent de ).
Idée de preuve (exigible uniquement pour lipschitzienne). Notons , et la somme. Par Chasles, . Si est -lipschitzienne, sur , donc chaque terme est majoré en module par et
Le cas général se démontre avec le théorème de Heine ; il est admis.
Figure 1 — Méthode des rectangles à gauche, : l’aire hachurée est .
Méthode — reconnaître une somme de Riemann. pour calculer , on l’écrit comme somme de Riemann de sur : la limite est . Le repère : un facteur devant la somme et une dépendance en uniquement par . Ainsi .
Remarque — rectangles et trapèzes. Pour de classe l’erreur des rectangles est en ; pour de classe celle des trapèzes est en : les trapèzes sont nettement plus performants. Si est de plus convexe, majore l’intégrale et la somme des milieux la minore.
5Lien entre intégrale et primitive
Théorème — théorème fondamental. Soient un intervalle, continue sur à valeurs dans et . Alors la fonction
est de classe sur et . En particulier, toute fonction continue sur un intervalle y admet des primitives, et est l’unique primitive de sur qui s’annule en .
Idée de preuve (exigible). Pour , (Chasles) ; la continuité de en majore l’intégrande par au voisinage de , donc le quotient par : la dérivée vaut .
Propriété — corollaire de calcul. Si est continue sur et si est une primitive de sur , alors pour tous : .
Propriété — composition. Si est continue sur et dérivables sur à valeurs dans , alors est dérivable et (écrire ). Attention : si est seulement continue par morceaux, reste continue (et lipschitzienne) mais pas nécessairement dérivable aux discontinuités de — pour , n’est pas dérivable en .
Théorème — intégration par parties. Si et sont de classe sur un segment , à valeurs dans , alors
Théorème — changement de variable. Si est de classe sur et si est continue sur un intervalle contenant , alors
Aucune monotonie n’est requise dans ce sens. En revanche, pour calculer en posant , il faut résoudre et : on prend de classe et strictement monotone. En pratique on écrit , et le tableau des bornes — les oublier est l’erreur la plus fréquente.
6Formules de Taylor globales
Théorème — formule de Taylor avec reste intégral. Soient un intervalle, et de classe sur à valeurs dans . Alors, pour tous ,
Idée de preuve (exigible). Récurrence sur ; pour , . Hérédité : dans on intègre par parties en primitivant en et en dérivant ; le crochet donne et l’intégrale restante est .
Théorème — inégalité de Taylor-Lagrange. Soient de classe sur un intervalle et . Si majore sur le segment d’extrémités et , alors
Idée de preuve (exigible). On majore le reste intégral : pour , ; si , on échange les bornes.
La formule de Taylor-Young (chapitre 15) est locale : elle n’exige que de classe mais ne donne qu’un , sans contrôle quantitatif. Les formules ci-dessus sont globales : valables sur tout l’intervalle, elles fournissent une majoration explicite du reste — d’où leur usage pour les approximations et les majorations d’erreur. L’égalité de Taylor-Lagrange (existence d’un tel que ) est hors programme : on ne l’invoque jamais. Enfin doit majorer sur le bon segment, celui d’extrémités et .
- Découper par Chasles une intégrale contenant une valeur absolue ou une partie entière ; intégrer une fonction en escalier.
- Encadrer une intégrale qu’on ne sait pas calculer (croissance, inégalité triangulaire, inégalité de la moyenne) et en déduire une limite ou un équivalent.
- Exploiter parité, imparité, périodicité, le changement de variable ; reconnaître une somme de Riemann et en calculer la limite ; majorer l’erreur pour lipschitzienne ; comparer rectangles et trapèzes.
- Dériver , en déduire variations, limites et développements limités ; établir une relation de récurrence entre intégrales par parties.
- Écrire la formule de Taylor avec reste intégral et majorer ce reste par l’inégalité de Taylor-Lagrange pour approcher une valeur avec erreur contrôlée.
Encadrement. Pour , sur , donc : cette intégrale tend vers . Taylor-Lagrange. Pour , , , : sur , donc ; avec , l’erreur est .
- Intégrer une inégalité avec ; croire que ; conclure de sans continuité ni signe constant.
- Écrire pour seulement continue par morceaux ; oublier et en dérivant .
- Intégrer par parties sans vérifier que et sont sur tout le segment ; changer de variable sans changer les bornes, ou avec un non injectif.
- Démontrer la convergence des sommes de Riemann sans hypothèse lipschitzienne (seul ce cas est exigible) ; invoquer l’égalité de Taylor-Lagrange ou Cauchy-Schwarz intégrale (chapitre 24), hors programme ici.