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MPSI · Mathématiques · Algèbre · Chapitre 12

Structures algébriques usuelles

Fiche de cours11 min de lecturePar Robin RinguetMise à jour : octobre 2026

1Lois de composition interne

Définition. Soit EE un ensemble. Une loi de composition interne sur EE est une application ⋆:E×E→E\star:E\times E\to E ; on note x⋆yx\star y l’image du couple (x,y)(x,y). Le fait que x⋆yx\star y appartienne à EE fait partie de la définition : on dit que EE est stable pour ⋆\star.

Définition. Soit ⋆\star une loi sur EE. On dit que ⋆\star est

  • associative si  ∀(x,y,z)∈E3, (x⋆y)⋆z=x⋆(y⋆z)\ \forall (x,y,z)\in E^{3},\ (x\star y)\star z=x\star(y\star z) ;
  • commutative si  ∀(x,y)∈E2, x⋆y=y⋆x\ \forall (x,y)\in E^{2},\ x\star y=y\star x.

Un élément e∈Ee\in E est neutre pour ⋆\star si  ∀x∈E, x⋆e=e⋆x=x\ \forall x\in E,\ x\star e=e\star x=x. Si ⋆\star admet un neutre, celui-ci est unique.

Idée de preuve (unicité du neutre). Si ee et e′e' sont neutres, e⋆e′e\star e' vaut ee (car e′e' est neutre) et e′e' (car ee est neutre), donc e=e′e=e'.

Définition. Soit ⋆\star une loi associative sur EE, de neutre ee. Un élément x∈Ex\in E est inversible (ou symétrisable) s’il existe y∈Ey\in E tel que x⋆y=y⋆x=ex\star y=y\star x=e. Un tel yy est alors unique, appelé symétrique (ou inverse) de xx ; on le note x−1x^{-1} en notation multiplicative, −x-x en notation additive.

Idée de preuve (unicité du symétrique). Si yy et y′y' conviennent, y=y⋆e=y⋆(x⋆y′)=(y⋆x)⋆y′=e⋆y′=y′y=y\star e=y\star(x\star y')=(y\star x)\star y'=e\star y'=y' : c’est l’associativité qui donne l’unicité.

Propriété — inverse d’un produit. Si xx et yy sont inversibles pour une loi associative, alors x⋆yx\star y l’est, (x−1)−1=x\left(x^{-1}\right)^{-1}=x et  (x⋆y)−1=y−1⋆x−1 \ \boxed{(x\star y)^{-1}=y^{-1}\star x^{-1}}\ (attention à l’ordre), car (x⋆y)⋆(y−1⋆x−1)=x⋆(y⋆y−1)⋆x−1=e(x\star y)\star\left(y^{-1}\star x^{-1}\right)=x\star\left(y\star y^{-1}\right)\star x^{-1}=e, et de même de l’autre côté.

Définition. Soient ++ et ×\times deux lois sur EE. On dit que ×\times est distributive sur ++ si, pour tous x,y,z∈Ex,y,z\in E,  x(y+z)=xy+xz\ x(y+z)=xy+xz et (y+z)x=yx+zx(y+z)x=yx+zx : les deux égalités sont à exiger tant que ×\times n’est pas supposée commutative.

Définition. Une partie F⊂EF\subset E est stable pour ⋆\star si  ∀(x,y)∈F2, x⋆y∈F\ \forall(x,y)\in F^{2},\ x\star y\in F. La loi ⋆\star induit alors une loi sur FF, appelée loi induite ; elle hérite automatiquement de l’associativité et de la commutativité, mais pas du neutre ni de l’inversibilité.

Attentionneutre ≠\neq absorbant

Un élément aa est absorbant si a⋆x=x⋆a=aa\star x=x\star a=a pour tout xx : dans R\R, 00 est neutre pour ++ et absorbant pour ×\times. De même N\N est stable pour ++, mais 22 n’y est pas inversible : la stabilité ne dit rien des inverses.

Notation — table de composition. Pour une loi sur un ensemble fini, la case (ligne xx, colonne yy) de la table contient x⋆yx\star y. On y lit la commutativité (symétrie par rapport à la diagonale), le neutre (une ligne et une colonne recopiant les en-têtes) et les inverses (la présence de ee) ; l’associativité, elle, ne se lit pas sur la table.

2Groupes

Définition. Un groupe est un couple (G,⋆)(G,\star) où ⋆\star est une loi de composition interne sur GG telle que (i) ⋆\star est associative ; (ii) ⋆\star admet un élément neutre ee ; (iii) tout élément de GG est inversible pour ⋆\star. Si de plus ⋆\star est commutative, le groupe est dit abélien (ou commutatif). Un groupe est toujours non vide, puisqu’il contient ee.

Notation — puissances. En notation multiplicative, x0=ex^{0}=e, xn+1=xnxx^{n+1}=x^{n}x (n∈Nn\in\N) et x−n=(xn)−1=(x−1)nx^{-n}=\left(x^{n}\right)^{-1}=\left(x^{-1}\right)^{n} ; alors, pour m,n∈Zm,n\in\Z,  xm+n=xmxn\ x^{m+n}=x^{m}x^{n},  (xm)n=xmn\ \left(x^{m}\right)^{n}=x^{mn}, et (xy)n=xnyn(xy)^{n}=x^{n}y^{n} seulement si xy=yxxy=yx. En notation additive : (m+n)x=mx+nx(m+n)x=mx+nx, n(mx)=(nm)xn(mx)=(nm)x, n(x+y)=nx+nyn(x+y)=nx+ny.

Propriété — régularité. Dans un groupe, tout élément aa est régulier : ax=ay  ⟹  x=yax=ay\implies x=y et xa=ya  ⟹  x=yxa=ya\implies x=y (multiplier par a−1a^{-1} du bon côté) ; l’équation ax=bax=b a l’unique solution x=a−1bx=a^{-1}b.

Propriété — exemples usuels — à connaître.

Formulaire
  • Groupes additifs : (Z,+)(\Z,+), (Q,+)(\Q,+), (R,+)(\R,+), (C,+)(\C,+) sont abéliens. (N,+)(\N,+) n’est pas un groupe.
  • Groupes multiplicatifs : (Q∗,×)(\Q^{*},\times), (Q+∗,×)\left(\Q_{+}^{*},\times\right), (R∗,×)(\R^{*},\times), (R+∗,×)\left(\R_{+}^{*},\times\right), (C∗,×)(\C^{*},\times), (U,×)(\U,\times) et (Un,×)(\U_{n},\times) (n⩾1n\geq1) sont abéliens. (R,×)(\R,\times) n’est pas un groupe (00 n’est pas inversible).
  • Groupe des permutations : pour XX non vide, l’ensemble SX\mathfrak{S}_{X} des bijections de XX sur XX, muni de ∘\circ, est un groupe de neutre idX\mathrm{id}_{X}, l’inverse étant la bijection réciproque ; on note Sn=S⟦1 ;n⟧\mathfrak{S}_{n}=\mathfrak{S}_{\intent{1}{n}}. Il n’est pas abélien dès que Card X⩾3\mathrm{Card}\,X\geq3.
  • Groupe produit : G×HG\times H muni de (x,y)⋅(x′,y′)=(x⋆x′, y∗y′)(x,y)\cdot(x',y')=(x\star x',\,y\ast y') est un groupe, de neutre (eG,eH)(e_{G},e_{H}) et d’inverse (x−1,y−1)\left(x^{-1},y^{-1}\right) ; il est abélien si et seulement si GG et HH le sont.

3Sous-groupes

Définition. Soit (G,⋆)(G,\star) un groupe. Une partie H⊂GH\subset G est un sous-groupe de GG si HH est stable pour ⋆\star et si (H,⋆)(H,\star) est lui-même un groupe (pour la loi induite).

Théorème — caractérisation d’un sous-groupe — démonstration exigible. Soit H⊂GH\subset G. Alors HH est un sous-groupe de GG si et seulement si

(1) H≠∅(en pratique : e∈H),(2) ∀(x,y)∈H2, x⋆y∈H,(3) ∀x∈H, x−1∈H.\text{(1)}\ H\neq\varnothing\quad\text{(en pratique : } e\in H),\qquad \text{(2)}\ \forall (x,y)\in H^{2},\ x\star y\in H,\qquad \text{(3)}\ \forall x\in H,\ x^{-1}\in H.

Ces trois conditions se condensent en :  e∈H\ e\in H et ∀(x,y)∈H2, x⋆y−1∈H\forall (x,y)\in H^{2},\ x\star y^{-1}\in H.

Idée de preuve. La condition (2) donne la loi induite, (3) les inverses ; (1) et (3) donnent e=x⋆x−1∈He=x\star x^{-1}\in H, et l’associativité est héritée. Le neutre de HH est nécessairement celui de GG : si eH⋆eH=eHe_{H}\star e_{H}=e_{H}, la régularité dans GG donne eH=ee_{H}=e.

Propriété. Les sous-groupes {e}\ens{e} et GG sont dits triviaux. Une intersection de sous-groupes de GG est un sous-groupe de GG ; une réunion, en général, n’en est pas un.

Théorème — les sous-groupes de (Z,+)(\Z,+) — démonstration exigible. Les sous-groupes de (Z,+)(\Z,+) sont exactement les ensembles

nZ={nk, k∈Z},n∈N,n\Z=\ens{nk,\ k\in\Z},\qquad n\in\N,

et l’entier n∈Nn\in\N est déterminé de façon unique par le sous-groupe.

Idée de preuve. Chaque nZn\Z est un sous-groupe. Réciproquement, soit HH un sous-groupe. Si H={0}H=\ens{0}, alors H=0ZH=0\Z. Sinon HH contient un élément non nul, donc, par passage à l’opposé, un élément de N∗\N^{*} : la partie non vide H∩N∗H\cap\N^{*} de N\N admet un plus petit élément nn, et nZ⊂Hn\Z\subset H par stabilité. Inversement, pour x∈Hx\in H, la division euclidienne x=nq+rx=nq+r (0⩽r<n0\leq r<n) donne r=x−nq∈Hr=x-nq\in H ; si r>0r>0, cela contredit la minimalité de nn : donc r=0r=0 et x∈nZx\in n\Z. L’unicité vient de nZ=mZ  ⟹  n∣mn\Z=m\Z\implies n\mid m et m∣nm\mid n.

Remarque. C’est, dans le langage des groupes, le raisonnement par division euclidienne du chapitre 11 (Bézout par le plus petit élément positif de aZ+bZa\Z+b\Z). On en déduit aZ+bZ=(a∧b)Za\Z+b\Z=(a\wedge b)\Z et aZ∩bZ=(a∨b)Za\Z\cap b\Z=(a\vee b)\Z.

4Morphismes de groupes

Définition. Soient (G,⋆)(G,\star) et (H,∗)(H,\ast) deux groupes. Une application f:G→Hf:G\to H est un morphisme de groupes si

∀(x,y)∈G2,f(x⋆y)=f(x)∗f(y).\forall (x,y)\in G^{2},\qquad f(x\star y)=f(x)\ast f(y).

Un morphisme bijectif est un isomorphisme ; deux groupes sont isomorphes s’il existe un isomorphisme de l’un sur l’autre. Un morphisme de GG dans GG est un endomorphisme, un isomorphisme de GG sur GG un automorphisme.

Propriété. Soit f:G→Hf:G\to H un morphisme de groupes. Alors

f(eG)=eH,∀x∈G, f(x−1)=f(x)−1,∀n∈Z, f(xn)=f(x)n.f(e_{G})=e_{H},\qquad \forall x\in G,\ f\left(x^{-1}\right)=f(x)^{-1},\qquad \forall n\in\Z,\ f\left(x^{n}\right)=f(x)^{n}.

La composée de deux morphismes est un morphisme ; la bijection réciproque d’un isomorphisme est un isomorphisme.

Idée de preuve. f(e)=f(e⋆e)=f(e)∗f(e)f(e)=f(e\star e)=f(e)\ast f(e), et la régularité dans HH donne f(e)=eHf(e)=e_{H} ; puis f(x)∗f(x−1)=f(x⋆x−1)=eHf(x)\ast f\left(x^{-1}\right)=f\left(x\star x^{-1}\right)=e_{H}.

Attention

f(eG)=eHf(e_{G})=e_{H} est une conséquence, pas une hypothèse : inutile de l’exiger dans la définition. En revanche, pour montrer qu’une application n’est pas un morphisme, calculer f(eG)f(e_{G}) est souvent le test le plus rapide.

Théorème — image, image réciproque. Soit f:G→Hf:G\to H un morphisme.

  • Si KK est un sous-groupe de GG, alors f(K)f(K) est un sous-groupe de HH ; en particulier Im⁡f=f(G)\operatorname{Im} f=f(G) est un sous-groupe de HH.
  • Si LL est un sous-groupe de HH, alors f−1(L)f^{-1}(L) est un sous-groupe de GG ; en particulier Ker⁡f=f−1({eH})={x∈G, f(x)=eH}\operatorname{Ker} f=f^{-1}\bigl(\ens{e_{H}}\bigr)=\ens{x\in G,\ f(x)=e_{H}} est un sous-groupe de GG.

Idée de preuve (exigible pour Ker⁡\operatorname{Ker} et Im⁡\operatorname{Im}). eG∈Ker⁡fe_{G}\in\operatorname{Ker} f car f(eG)=eHf(e_{G})=e_{H} ; si x,y∈Ker⁡fx,y\in\operatorname{Ker} f, f(x⋆y−1)=f(x)∗f(y)−1=eHf\left(x\star y^{-1}\right)=f(x)\ast f(y)^{-1}=e_{H}, donc x⋆y−1∈Ker⁡fx\star y^{-1}\in\operatorname{Ker} f. Pour Im⁡f\operatorname{Im} f : eH=f(eG)∈Im⁡fe_{H}=f(e_{G})\in\operatorname{Im} f, et f(x)∗f(y)−1=f(x⋆y−1)∈Im⁡ff(x)\ast f(y)^{-1}=f\left(x\star y^{-1}\right)\in\operatorname{Im} f.

Théorème — critère d’injectivité — démonstration exigible. Un morphisme de groupes f:G→Hf:G\to H est injectif si et seulement si  Ker⁡f={eG}\ \operatorname{Ker} f=\ens{e_{G}}. Il est surjectif si et seulement si Im⁡f=H\operatorname{Im} f=H.

Idée de preuve. Si ff est injective et x∈Ker⁡fx\in\operatorname{Ker} f, alors f(x)=eH=f(eG)f(x)=e_{H}=f(e_{G}) donne x=eGx=e_{G}. Réciproquement, si Ker⁡f={eG}\operatorname{Ker} f=\ens{e_{G}} et f(x)=f(y)f(x)=f(y), alors f(x⋆y−1)=eHf\left(x\star y^{-1}\right)=e_{H}, donc x⋆y−1=eGx\star y^{-1}=e_{G}, soit x=yx=y.

Propriété — morphismes usuels — à connaître.

Formulaire
  • exp⁡:(R,+)→(R+∗,×)\exp:(\R,+)\to\left(\R_{+}^{*},\times\right) est un isomorphisme, de réciproque ln⁡\ln ; Ker⁡exp⁡={0}\operatorname{Ker}\exp=\ens{0}.
  • t↦eitt\mapsto\e^{it} est un morphisme surjectif de (R,+)(\R,+) sur (U,×)(\U,\times), de noyau 2πZ2\pi\Z.
  • z↦∣z∣z\mapsto\abs{z} est un morphisme surjectif de (C∗,×)(\C^{*},\times) sur (R+∗,×)\left(\R_{+}^{*},\times\right), de noyau U\U.
  • pour n⩾1n\geq1, z↦znz\mapsto z^{n} est un morphisme surjectif de (C∗,×)(\C^{*},\times) sur lui-même, de noyau Un\U_{n}.
  • pour GG un groupe et x∈Gx\in G,  φx:(Z,+)→G\ \varphi_{x}:(\Z,+)\to G, k↦xkk\mapsto x^{k}, est un morphisme, de noyau de la forme nZn\Z.

Remarque — hors programme — pour aller plus loin. L’entier nn tel que Ker⁡φx=nZ\operatorname{Ker}\varphi_{x}=n\Z s’appelle l’ordre de xx, et Im⁡φx\operatorname{Im}\varphi_{x} le sous-groupe engendré par xx : ces notions, comme les groupes monogènes et cycliques, ne sont pas au programme de MPSI (voir la feuille d’approfondissement).

5Anneaux

Définition. Un anneau est un triplet (A,+,×)(A,+,\times) où

  • (A,+)(A,+) est un groupe abélien, de neutre noté 0A0_{A} ;
  • ×\times est associative, admet un élément neutre noté 1A1_{A}, et est distributive sur ++.

Dans ce programme, tout anneau est unitaire : l’existence de 1A1_{A} fait partie de la définition. L’anneau est commutatif si ×\times l’est. L’anneau nul est {0}\ens{0}, le seul où 1A=0A1_{A}=0_{A}.

Propriété — règles de calcul. Dans un anneau AA, pour tous a,b∈Aa,b\in A et n∈Nn\in\N :

Formulaire
  • 0×a=a×0=00\times a=a\times 0=0 ; (−a)b=a(−b)=−(ab)(-a)b=a(-b)=-(ab) ; (−a)(−b)=ab(-a)(-b)=ab ; (na)b=n(ab)(na)b=n(ab) pour n∈Zn\in\Z ;
  • formule du binôme :  (a+b)n=∑k=0n(nk)akbn−k\ \displaystyle (a+b)^{n}=\sum_{k=0}^{n}\binom{n}{k}a^{k}b^{n-k} si et seulement si l’on sait que ab=baab=ba ;
  • identité géométrique :  an−bn=(a−b)∑k=0n−1akbn−1−k\ \displaystyle a^{n}-b^{n}=(a-b)\sum_{k=0}^{n-1}a^{k}b^{n-1-k} (n⩾1n\geq1), là encore sous l’hypothèse ab=baab=ba ; en particulier  1−an=(1−a)∑k=0n−1ak\ \displaystyle 1-a^{n}=(1-a)\sum_{k=0}^{n-1}a^{k} sans aucune hypothèse, puisque aa commute avec 11.

Idée de preuve de 0×a=00\times a=0. 0a=(0+0)a=0a+0a0a=(0+0)a=0a+0a, et l’on simplifie dans le groupe (A,+)(A,+).

Attention

Sans l’hypothèse ab=baab=ba, (a+b)2=a2+ab+ba+b2(a+b)^{2}=a^{2}+ab+ba+b^{2} et rien de plus : pas de « 2ab2ab ». L’anneau non commutatif de référence, Mn(K)\mathcal{M}_{n}(\mathbb{K}), est étudié au chapitre 13 : c’est là que ce piège coûte le plus cher.

Définition. Un élément a∈Aa\in A est inversible (on dit aussi : est une unité) s’il existe b∈Ab\in A tel que ab=ba=1ab=ba=1. L’ensemble des inversibles de AA est noté A×A^{\times} (ou U(A)\mathcal{U}(A)).

Théorème. (A×,×)\left(A^{\times},\times\right) est un groupe, appelé groupe des inversibles de AA. Ce n’est presque jamais un sous-anneau de AA (il ne contient pas 00).

Définition. Soit AA un anneau. Un élément a∈Aa\in A est un diviseur de zéro s’il est non nul et s’il existe b≠0b\neq0 tel que ab=0ab=0 ou ba=0ba=0. L’anneau AA est intègre s’il est commutatif, non nul, et sans diviseur de zéro :

∀(a,b)∈A2,ab=0  ⟹  (a=0 ou b=0).\forall (a,b)\in A^{2},\qquad ab=0\implies\bigl(a=0\ \text{ou}\ b=0\bigr).

Propriété. Dans un anneau intègre, tout élément non nul est régulier (ab=acab=ac et a≠0a\neq0 entraînent b=cb=c) ; un inversible n’est jamais diviseur de zéro.

Définition. Une partie B⊂AB\subset A est un sous-anneau de AA si BB est un sous-groupe de (A,+)(A,+), stable pour ×\times, et contient 1A1_{A}.

Théorème — caractérisation. B⊂AB\subset A est un sous-anneau de AA si et seulement si  1A∈B\ 1_{A}\in B et ∀(x,y)∈B2, x−y∈B\forall (x,y)\in B^{2},\ x-y\in B et xy∈Bxy\in B.

Définition. Soient AA et BB deux anneaux. Une application f:A→Bf:A\to B est un morphisme d’anneaux si, pour tous x,y∈Ax,y\in A,  f(x+y)=f(x)+f(y)\ f(x+y)=f(x)+f(y),  f(xy)=f(x)f(y)\ f(xy)=f(x)f(y) et f(1A)=1B\boxed{f(1_{A})=1_{B}}. Un morphisme bijectif est un isomorphisme. L’image d’un morphisme d’anneaux est un sous-anneau de BB, et ff envoie un inversible sur un inversible, avec f(a−1)=f(a)−1f\left(a^{-1}\right)=f(a)^{-1}.

Attention

La condition f(1A)=1Bf(1_{A})=1_{B} est à exiger : elle ne découle pas des deux autres. Ainsi f:R→R2f:\R\to\R^{2}, x↦(x,0)x\mapsto(x,0), est additive et multiplicative pour les lois composante par composante, mais f(1)=(1,0)≠(1,1)f(1)=(1,0)\neq(1,1) : ce n’est pas un morphisme d’anneaux. Noter aussi que Ker⁡f\operatorname{Ker} f n’est pas un sous-anneau : c’est un idéal, notion hors programme.

Propriété — exemples usuels.

Formulaire
  • Z\Z, Q\Q, R\R, C\C sont des anneaux commutatifs intègres ; Z×={−1,1}\Z^{\times}=\ens{-1,1}, Q×=Q∗\Q^{\times}=\Q^{*}, R×=R∗\R^{\times}=\R^{*}, C×=C∗\C^{\times}=\C^{*}.
  • Z[i]={a+ib, (a,b)∈Z2}\Z[i]=\ens{a+ib,\ (a,b)\in\Z^{2}} (entiers de Gauss) et Z[2]={a+b2, (a,b)∈Z2}\Z\left[\sqrt{2}\right]=\ens{a+b\sqrt{2},\ (a,b)\in\Z^{2}} sont des sous-anneaux de C\C et de R\R.
  • RR\R^{\R} (fonctions de R\R dans R\R), muni de (f+g)(x)=f(x)+g(x)(f+g)(x)=f(x)+g(x) et (fg)(x)=f(x)g(x)(fg)(x)=f(x)g(x), est un anneau commutatif non intègre, d’inversibles les fonctions qui ne s’annulent pas ; idem pour RN\R^{\N}.
  • Le produit A×BA\times B de deux anneaux, muni des lois composante par composante, est un anneau de neutres (0A,0B)(0_{A},0_{B}) et (1A,1B)(1_{A},1_{B}) ; il n’est jamais intègre si AA et BB sont non nuls, car (1,0)(0,1)=(0,0)(1,0)(0,1)=(0,0).

6Corps

Définition. Un corps est un anneau commutatif K\mathbb{K} tel que 1K≠0K1_{\mathbb{K}}\neq0_{\mathbb{K}} et dont tout élément non nul est inversible, c’est-à-dire K×=K∖{0}\mathbb{K}^{\times}=\mathbb{K}\setminus\ens{0}. Dans ce programme, les corps sont commutatifs.

Propriété. Tout corps est intègre : si ab=0ab=0 avec a≠0a\neq0, alors b=a−1(ab)=a−1×0=0b=a^{-1}(ab)=a^{-1}\times0=0. Un sous-corps de K\mathbb{K} est un sous-anneau LL de K\mathbb{K} tel que tout élément non nul de LL ait son inverse dans LL.

Propriété — exemples. Q\Q, R\R, C\C sont des corps, et Q\Q est un sous-corps de R\R, lui-même sous-corps de C\C ; Z\Z n’est pas un corps (22 n’y est pas inversible), ni RR\R^{\R}. Enfin Q[2]={a+b2, (a,b)∈Q2}\Q\left[\sqrt{2}\right]=\ens{a+b\sqrt{2},\ (a,b)\in\Q^{2}} est un sous-corps de R\R, avec 1a+b2=a−b2a2−2b2\frac{1}{a+b\sqrt{2}}=\frac{a-b\sqrt{2}}{a^{2}-2b^{2}}.

Savoir-faire
  • Vérifier qu’une loi est associative / commutative, trouver son neutre et ses inversibles ; lire une table. Montrer qu’une partie est un sous-groupe par la caractérisation (non-vacuité d’abord), ou l’infirmer par un contre-exemple ; déterminer les sous-groupes de (Z,+)(\Z,+), calculer nZ∩mZn\Z\cap m\Z et nZ+mZn\Z+m\Z.
  • Vérifier qu’une application est un morphisme, calculer Ker⁡f\operatorname{Ker} f et Im⁡f\operatorname{Im} f, en déduire injectivité et surjectivité ; construire un isomorphisme.
  • Montrer qu’une partie est un sous-anneau ou un sous-corps ; déterminer A×A^{\times} ; exhiber un diviseur de zéro ; calculer dans un anneau (binôme et identité géométrique après avoir vérifié la commutation, inverse de 1−a1-a lorsque an=0a^{n}=0).
Pièges
  • Oublier H≠∅H\neq\varnothing (ou e∈He\in H) : ∅\varnothing vérifie (2) et (3) sans être un sous-groupe. Vérifier la stabilité par la loi et oublier celle par passage à l’inverse : N\N dans (Z,+)(\Z,+), Z\Z dans (Q∗,×)(\Q^{*},\times).
  • Appliquer le binôme ou an−bna^{n}-b^{n} dans un anneau sans avoir écrit « aa et bb commutent » ; confondre neutre et élément absorbant ; croire qu’une partie stable hérite du neutre ou des inverses.
  • Croire que Ker⁡f\operatorname{Ker} f est un sous-anneau, oublier f(1A)=1Bf(1_{A})=1_{B}, dire « AA est un corps » sans vérifier 1≠01\neq0 (Z\Z, RR\R^{\R}), ou utiliser Z/nZ\Z/n\Z et les ensembles quotients (hors programme : on calcule avec les congruences du chapitre 11).

Exercices, contrôles et sujets

Les énoncés sont en accès libre, à télécharger en PDF.

1

Exercices de base

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Les bases : lois, groupes, sous-groupes, morphismes, anneaux, corps

12 exercicesniveau Difficulté 1 sur 3 à Difficulté 2 sur 3durée conseillée : 3 hsans calculatrice

  1. Est-ce un groupe ?Difficulté 1 sur 3
  2. Parties stablesDifficulté 1 sur 3
  3. Sous-groupe ou non ?Difficulté 2 sur 3
  4. Les sous-groupes de (Z,+)(\Z,+)Difficulté 2 sur 3
  5. Morphismes de groupes : reconnaître, calculer Ker⁡\operatorname{Ker} et Im⁡\operatorname{Im}Difficulté 1 sur 3
  6. Le groupe Un\U_{n}Difficulté 2 sur 3
  7. Le groupe des permutations de {1,2,3}\ens{1,2,3}Difficulté 2 sur 3
  8. Groupes produitsDifficulté 2 sur 3
  9. L’anneau des entiers de GaussDifficulté 2 sur 3
  10. Calculer dans un anneauDifficulté 2 sur 3
  11. Un anneau non intègre : les fonctions réellesDifficulté 2 sur 3
  12. Un sous-corps de R\RDifficulté 2 sur 3
2

Exercices d'application

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Mise en œuvre : lois transportées, groupe affine, morphismes, anneaux et corps

9 exercicesniveau Difficulté 2 sur 3durée conseillée : 3 h 30sans calculatrice

  1. Une loi transportéeDifficulté 2 sur 3
  2. Le groupe affine de la droiteDifficulté 2 sur 3
  3. Un sous-groupe de (R,+)(\R,+) qui n’est pas un αZ\alpha\ZDifficulté 2 sur 3
  4. Morphismes et racines nn-ièmesDifficulté 2 sur 3
  5. Le morphisme k↦xkk\mapsto x^{k}Difficulté 2 sur 3
  6. L’anneau des suites réellesDifficulté 2 sur 3
  7. Une conjugaison sur Q[2]\Q\left[\sqrt{2}\right]Difficulté 2 sur 3
  8. Idempotents et diviseurs de zéroDifficulté 2 sur 3
  9. Décomposer un groupe en produitDifficulté 2 sur 3
3

Interrogation A

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Durée : 1 h — sans document ni calculatrice

3 exercicesnoté sur 20niveau Difficulté 1 sur 3 à Difficulté 2 sur 3la rédaction est évaluée

  1. Questions de cours5 ptsDifficulté 1 sur 3
  2. Quatre vérifications7 ptsDifficulté 2 sur 3
  3. L’anneau Z[i2]\Z\left[i\sqrt{2}\right]8 ptsDifficulté 2 sur 3
4

Interrogation B

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Durée : 1 h — sans document ni calculatrice

3 exercicesnoté sur 20niveau Difficulté 2 sur 3 à Difficulté 3 sur 3la rédaction est évaluée

  1. Questions de cours5 ptsDifficulté 2 sur 3
  2. Deux familles de groupes7 ptsDifficulté 2 sur 3
  3. Les entiers d’Eisenstein8 ptsDifficulté 3 sur 3
5

Approfondissement

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Sous-groupes de R\R, ordre d’un élément, anneaux de Boole, unités de Z[2]\Z[\sqrt{2}]

7 exercicesniveau Difficulté 3 sur 3durée conseillée : 4 hsans calculatrice

  1. Les sous-groupes de (R,+)(\R,+)Difficulté 3 sur 3
  2. Ordre d’un élément et groupes monogènesDifficulté 3 sur 3
  3. L’anneau des parties d’un ensemble, et les anneaux de BooleDifficulté 3 sur 3
  4. Le groupe des inversibles de Z[2]\Z\left[\sqrt{2}\right]Difficulté 3 sur 3
  5. Les sous-corps de R\RDifficulté 3 sur 3
  6. Centre d’un groupe et automorphismes intérieursDifficulté 3 sur 3
  7. Éléments nilpotents d’un anneau commutatifDifficulté 3 sur 3
6

DS type concours

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Les groupes de racines de l’unité : sous-groupes, produits, morphismes

durée : 4 hnoté sur 20quatre parties enchaînéescalculatrice interdite

7

Planche de colle

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Une question de cours et quatre exercices d’oral indépendants

4 exercicesniveaux Difficulté 1 sur 3, Difficulté 2 sur 3, Difficulté 2 sur 3, Difficulté 3 sur 3environ 20 min chacunsans calculatrice

  1. Sous-groupes de (Z,+)(\Z,+)Difficulté 1 sur 3
  2. Une réunion de sous-groupesDifficulté 2 sur 3
  3. Une partie finie stableDifficulté 2 sur 3
  4. Deux groupes de rationnelsDifficulté 3 sur 3

Prépa · Mathématiques : les 26 chapitres

  1. Logique et raisonnement
  2. Ensembles et applications
  3. Sommes et produits
  4. Inégalités et trigonométrie
  5. Nombres complexes
  6. Fonctions usuelles
  7. Primitives et équations différentielles
  8. Nombres réels et suites numériques
  9. Limites et continuité
  10. Dérivabilité et convexité
  11. Arithmétique des entiers relatifs
  12. Structures algébriques usuelles
  13. Calcul matriciel
  14. Polynômes et fractions rationnelles
  15. Analyse asymptotique
  16. Espaces vectoriels
  17. Dimension et applications linéaires
  18. Matrices et applications linéaires
  19. Groupe symétrique
  20. Déterminants
  21. Intégration
  22. Dénombrement
  23. Probabilités
  24. Espaces préhilbertiens
  25. Séries et familles sommables
  26. Fonctions de deux variables